Lorsqu’une personne découvre l’art-thérapie, une question revient très souvent : « Mais je ne sais pas dessiner… est-ce que je peux quand même faire de l’art-thérapie ? »
Cette interrogation est compréhensible. Lorsque l’on entend les mots « art », « peinture », « dessin » ou « créativité », on pense facilement à une pratique artistique, à une technique à maîtriser ou à la nécessité de produire quelque chose de beau.
Pourtant, l’art-thérapie ne repose pas sur la performance artistique.
Il n’est pas nécessaire de savoir dessiner, de connaître les règles de la perspective, de maîtriser les couleurs ou d’avoir suivi des cours de peinture. Ce qui compte n’est pas la qualité esthétique de ce qui est créé, mais l’expérience vécue pendant le processus de création, ce que l’on ressent, ce que l’on exprime et parfois ce que l’on découvre de soi.
Dans notre approche de l’Art-thérapie So-Arth, la créativité devient avant tout un moyen d’exploration et d’expression. Une couleur, une forme, un trait, une image ou un assemblage peuvent parfois permettre d’exprimer autrement quelque chose qui ne trouve pas immédiatement sa place dans les mots.
Il est important de distinguer une activité artistique d’une démarche d’art-thérapie.
Dans un cours de dessin ou de peinture, l’objectif peut être d’apprendre une technique, de progresser dans la représentation d’un sujet, de travailler les proportions ou encore d’améliorer le rendu d’une création.
L’attention porte alors naturellement sur le résultat obtenu.
Dans une démarche d’art-thérapie, la logique est différente.
La création n’est pas évaluée selon des critères artistiques. Il ne s’agit pas de savoir si un dessin est réaliste, si les couleurs sont harmonieuses ou si la composition correspond à des règles esthétiques.
Une personne peut tracer quelques lignes, remplir une feuille de couleurs, réaliser une forme abstraite ou assembler différents éléments sans chercher à représenter quoi que ce soit de particulier.
Ce qui devient intéressant est plutôt la manière dont cette personne entre dans l’expérience.
Pourquoi choisir cette couleur ? Pourquoi avoir envie de remplir tout l’espace ou, au contraire, de laisser une grande partie de la feuille vide ? Pourquoi certaines formes apparaissent-elles spontanément ? Qu’est-ce que la personne ressent pendant qu’elle crée ?
Ces questions ne servent pas à établir une interprétation automatique de la création. Elles peuvent simplement devenir des points de départ pour observer, ressentir et réfléchir.
Certaines personnes arrivent en formation ou découvrent l’art-thérapie en affirmant immédiatement :
« Je ne suis pas du tout créatif. »
Très souvent, cette affirmation vient d’une conception particulière de la créativité.
Nous avons tendance à associer la créativité aux artistes, aux musiciens, aux peintres, aux écrivains ou aux personnes capables de produire des œuvres originales.
Pourtant, la créativité ne se limite pas au domaine artistique.
Nous faisons preuve de créativité dans de nombreuses situations de la vie quotidienne : lorsque nous cherchons une solution à un problème, lorsque nous imaginons une autre manière de faire quelque chose, lorsque nous adaptons notre environnement ou lorsque nous inventons une réponse face à une situation nouvelle.
La création artistique offre simplement un espace différent pour mobiliser cette capacité.
En art-thérapie, il n’est donc pas nécessaire de se considérer comme une personne créative avant de commencer.
La créativité peut justement se découvrir progressivement.
Une feuille blanche peut d’abord sembler intimidante. Puis vient parfois une couleur. Ensuite une forme. Puis une deuxième. Petit à petit, quelque chose se construit.
L’objectif n’est pas de savoir à l’avance ce que l’on va produire.
Il est souvent plus intéressant de laisser une place à ce qui apparaît pendant l’expérience.
La recherche de performance peut parfois devenir un obstacle à la création.
Une personne qui pense devoir produire quelque chose de « beau » peut passer beaucoup de temps à réfléchir avant de commencer.
Elle peut hésiter, effacer, recommencer ou comparer son travail à celui des autres.
Dans une démarche d’art-thérapie, nous cherchons au contraire à créer un espace où cette pression peut progressivement diminuer.
Le dessin peut être maladroit.
La peinture peut dépasser.
Les couleurs peuvent sembler étranges.
Une forme peut être impossible à identifier.
Et cela n’a aucune importance.
Une création n’a pas besoin d’être réussie au sens artistique pour avoir du sens pour la personne qui l’a réalisée.
Elle peut simplement témoigner d’un moment, d’un ressenti, d’une émotion, d’une interrogation ou d’un mouvement intérieur.
Cette liberté est essentielle.
Elle permet de déplacer l’attention de « Est-ce que c’est beau ? » vers une question beaucoup plus intéressante :
« Qu’est-ce que cette expérience me fait vivre ? »
La couleur occupe une place importante dans de nombreuses pratiques créatives.
Nous pouvons être attirés spontanément par certaines couleurs et en éviter d’autres.
Parfois, ce choix se fait sans réflexion particulière.
Une personne peut avoir envie d’utiliser beaucoup de bleu, de rouge, de jaune ou de noir simplement parce que cette couleur correspond à ce qu’elle souhaite exprimer à ce moment précis.
Il ne s’agit pas pour autant d’établir un dictionnaire universel des couleurs.
Un rouge ne signifie pas automatiquement la même chose pour tout le monde.
Une couleur peut évoquer un souvenir pour une personne et quelque chose de totalement différent pour une autre.
Ce qui compte est la relation personnelle que chacun entretient avec ce qu’il crée.
Dans notre approche, les couleurs peuvent ainsi devenir un support permettant d’explorer différentes perceptions, sensations et associations.
Il n’est pas nécessaire de savoir peindre pour expérimenter cela.
Quelques traces de couleurs peuvent déjà constituer une véritable expérience créative.
Nous utilisons beaucoup la parole pour expliquer ce que nous vivons.
Mais certaines expériences sont difficiles à mettre immédiatement en mots.
Nous pouvons parfois ressentir quelque chose sans parvenir à l’expliquer précisément.
Il peut être difficile de dire :
« Voilà exactement ce que je ressens. »
Dans ces moments, la création peut offrir une autre voie d’expression.
Une image, une couleur, une forme ou un collage peuvent permettre de déposer quelque chose sur un support sans avoir besoin de tout comprendre immédiatement.
Ce qui est créé peut ensuite éventuellement devenir un point d’appui pour la parole.
La personne peut observer sa création et dire :
« Cette partie me fait penser à… »
ou :
« Je ne savais pas pourquoi j’avais choisi cette couleur, mais maintenant cela me rappelle… »
La création ne remplace pas nécessairement les mots.
Elle peut simplement permettre d’ouvrir un chemin différent vers eux.
L’une des raisons pour lesquelles certaines personnes pensent qu’elles ne peuvent pas pratiquer l’art-thérapie vient de leur rapport au dessin figuratif.
Elles imaginent qu’il faudra dessiner un visage, un paysage, un objet ou une personne de manière réaliste.
Ce n’est absolument pas une obligation.
Une grande partie du travail créatif peut être abstraite.
Des lignes, des taches, des formes géométriques, des mouvements ou des associations de couleurs peuvent constituer une création à part entière.
Cette approche peut même être particulièrement intéressante lorsqu’une personne souhaite se libérer de l’idée qu’elle doit représenter quelque chose correctement.
L’abstraction permet parfois de laisser davantage de place aux sensations et à la spontanéité.
La main peut avancer avant même que l’esprit ait décidé précisément ce qu’il souhaite représenter.
C’est une autre manière de découvrir ce qui apparaît.
Le dessin et la peinture ne sont d’ailleurs pas les seuls supports possibles.
Le collage peut également être utilisé.
Des photographies, des morceaux de papier, des textures, des mots ou différentes images peuvent être associés pour construire une composition.
Cette pratique est particulièrement intéressante pour les personnes qui se sentent bloquées devant une feuille blanche.
Au lieu de devoir créer une image à partir de rien, elles peuvent choisir parmi différents éléments existants.
Le simple fait de sélectionner certaines images plutôt que d’autres peut déjà faire apparaître des associations ou des réflexions.
Une personne peut être attirée par un paysage, un visage, une couleur ou une phrase sans comprendre immédiatement pourquoi.
En réunissant ces éléments, une nouvelle représentation peut progressivement se construire.
Encore une fois, aucune compétence artistique particulière n’est nécessaire.
Dans l’Art-thérapie So-Arth, nous accordons une place importante à l’expérience vécue.
Créer ne consiste pas uniquement à produire un objet.
Le processus lui-même peut devenir une source d’observation.
Comment est-ce que je commence ?
Est-ce que j’hésite beaucoup ?
Ai-je peur de faire une erreur ?
Est-ce que j’ai envie de contrôler chaque détail ?
Est-ce que je me permets d’essayer quelque chose sans savoir où cela va me conduire ?
Ces comportements peuvent parfois rappeler la manière dont nous abordons d’autres situations de notre quotidien.
La création devient alors une sorte de petit laboratoire dans lequel nous pouvons observer notre manière de fonctionner.
Une personne qui cherche toujours à tout contrôler peut, par exemple, expérimenter ce que cela fait de laisser une couleur se diffuser librement.
Une autre qui hésite beaucoup avant de prendre une décision peut observer ce qui se passe lorsqu’elle choisit une couleur rapidement.
Ce ne sont pas des règles ni des interprétations.
Ce sont simplement des expériences qui peuvent ouvrir de nouvelles pistes de réflexion.
L’un des principes essentiels est qu’il n’existe pas de création parfaite.
Deux personnes participant au même exercice peuvent produire quelque chose de totalement différent.
Et c’est précisément ce qui rend l’expérience intéressante.
Chaque personne arrive avec son histoire, sa sensibilité, son imagination, ses références et son état du moment.
La création devient donc nécessairement personnelle.
Dans ce contexte, comparer les productions n’a pas beaucoup de sens.
L’objectif n’est pas de déterminer qui dessine le mieux.
Il est de permettre à chacun d’explorer son propre chemin.
Cette idée peut être particulièrement libératrice pour celles et ceux qui ont gardé un mauvais souvenir des activités artistiques à l’école.
Certaines personnes se sont peut-être déjà entendu dire qu’elles « ne savaient pas dessiner ».
Des années plus tard, cette remarque peut encore suffire à bloquer toute tentative créative.
L’art-thérapie peut permettre de retrouver une relation différente avec la création, débarrassée autant que possible de la notion de réussite ou d’échec.
La même question se pose naturellement lorsqu’il s’agit d’envisager une formation en art-thérapie.
Faut-il avoir une formation artistique préalable ?
Là encore, ce n’est pas la capacité à réaliser une œuvre techniquement parfaite qui constitue le cœur de la démarche.
Une formation permet notamment de découvrir différents supports, d’expérimenter des pratiques créatives, de réfléchir à la posture d’accompagnement et de mieux comprendre la place du processus créatif.
Il est même important que la personne qui se forme puisse elle-même expérimenter les situations proposées.
Cela lui permet de comprendre de l’intérieur ce que peut représenter le fait de créer, d’hésiter, de se confronter à une feuille blanche ou de découvrir quelque chose d’inattendu dans une production.
Expérimenter avant d’accompagner constitue ainsi une dimension importante de notre pédagogie.
À Vaison-la-Romaine, nous proposons une approche de l’Art-thérapie So-Arth dans laquelle la créativité est considérée comme une voie d’exploration et de connaissance de soi.
Les couleurs, les formes, les images et différents supports créatifs peuvent être utilisés pour permettre à chacun d’expérimenter d’autres manières de s’exprimer.
La formation ne cherche donc pas à transformer les participants en artistes.
Elle permet plutôt d’explorer la place de la créativité dans une démarche d’accompagnement et de connaissance de soi.
Notre centre accueille des participants venant de Provence, de Rhône-Alpes, de la Côte d’Azur, mais également de différentes régions de France pour suivre les formations à Vaison-la-Romaine.
Le cadre de formation permet de prendre le temps d’expérimenter, d’échanger et de réfléchir à sa pratique.
La réponse est donc clairement : non.
Il n’est pas nécessaire de savoir dessiner pour découvrir l’art-thérapie.
Il n’est pas nécessaire non plus de savoir peindre, de maîtriser une technique artistique ou de se considérer comme une personne créative.
L’essentiel se trouve ailleurs.
Il réside dans la possibilité d’expérimenter, de créer librement, d’observer ce qui se passe et de laisser apparaître d’autres formes d’expression.
Un trait peut suffire.
Une couleur peut suffire.
Une image découpée dans un magazine peut suffire.
Ce qui compte n’est pas la beauté de la création.
C’est ce qu’elle permet à la personne de vivre, d’exprimer, d’observer ou parfois de découvrir.
« Quand les mots ne suffisent pas, la créativité peut ouvrir un autre chemin vers l’expression et la connaissance de soi. »
Si vous vous interrogez sur l’art-thérapie, sur notre approche ou sur les formations proposées à Vaison-la-Romaine, vous pouvez découvrir le parcours Art-thérapie So-Arth ou nous contacter afin d’échanger sur votre projet.